VIDÉO/ Les conséquences psycho-traumatiques de violences : sidération, dissociation, mémoire traumatique
- 5 août
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1. Son idée centrale : la violence produit une « effraction » psychique
Pour Salmona, le traumatisme n'est pas simplement « avoir vécu quelque chose de très difficile ». Lorsqu'une personne est confrontée à une violence extrême, son système psychique peut être débordé : elle ne peut plus donner suffisamment de sens à ce qui se passe ni intégrer normalement l'expérience.
Elle parle de sidération traumatique : la personne est comme paralysée psychiquement, et l'événement ne peut pas être correctement représenté et intégré.
Il en résulte ce qu'elle appelle la mémoire traumatique : une mémoire émotionnelle et sensorielle qui reste insuffisamment contextualisée. Des sensations, images, émotions, odeurs, situations ou relations peuvent ensuite réactiver cette mémoire et donner à la personne l'impression que le danger est à nouveau présent.
Important de comprendre que certains comportements qui semblent « incompréhensibles » de victime peuvent être compris comme des tentatives de gérer une souffrance traumatique.
2. La dissociation : « je ne ressens plus » pour pouvoir survivre
C'est probablement l'un des aspects les plus intéressants du modèle de Salmona pour le cas de cette jeune femme.
Elle distingue notamment :
La mémoire traumatique → trop d'émotions, trop de sensations, trop de souffrance.
Puis, lorsque cette souffrance devient intolérable, le cerveau met en place des mécanismes de dissociation.
La personne peut alors être comme anesthésiée, déconnectée d'elle-même ou de ses émotions. Et Salmona fait un lien très important entre cette dissociation et certaines conduites de survie : alcool, drogues, conduites à risque, sexualité à risque, mise en danger, etc. Elle les considère notamment comme pouvant servir à anesthésier ou à réguler temporairement la mémoire traumatique. C'est exactement pourquoi, dans le cas de la jeune femme de Claire, je trouverais très intéressant de ne pas simplement demander :
« Pourquoi est-ce que vous faites ça ? »
mais plutôt :
« Quand vous buvez, sortez, vous mettez en danger ou cherchez quelque chose de très intense, qu'est-ce que cela change à l'intérieur de vous ? »
Puis :
« Qu'est-ce que vous ressentez juste avant ? Et qu'est-ce que vous ne ressentez plus après ? »
C'est très compatible avec ta façon de travailler.
3. Elle insiste énormément sur le fait de ne pas culpabiliser la victime
Un point très fort chez Salmona est son approche de la déculpabilisation. Elle cherche à comprendre les comportements de la victime comme des réponses cohérentes à ce qu'elle a vécu, plutôt que comme des défauts de personnalité.
Par exemple, au lieu de :
« Pourquoi est-ce que vous retournez vers cette personne ? »
on cherche :
« Qu'est-ce qui vous ramène vers cette personne ? »
« Qu'est-ce qui se passe dans votre corps quand vous êtes loin d'elle ? »
« Qu'est-ce qui devient insupportable ? »
Cela rejoint sa conception de la dissociation et de l'emprise.
4. Son traitement : comprendre, relier, contextualiser, puis « déminer » la mémoire traumatique
C'est là que Salmona devient particulièrement intéressante pour ta question précédente sur :
« Comment Claire peut-elle accompagner cette jeune femme sans aller trop vite dans le trauma ? »
Elle ne propose pas simplement de faire raconter le traumatisme. Son approche comprend plusieurs éléments :
Protection et sécurité. Avant tout, la victime doit être protégée et mise en sécurité.
Psychoéducation. Elle explique à la personne ce qui lui arrive : mémoire traumatique, dissociation, hypervigilance, conduites d'évitement et conduites dissociantes.
Faire des liens. C'est central chez elle. Un symptôme, une sensation, une réaction ou un comportement doit progressivement pouvoir être relié à son origine traumatique.
Par exemple :
« Quand cette odeur vous donne soudain envie de vomir, est-ce qu'elle vous rappelle quelque chose ? »
« Quand quelqu'un élève la voix, qu'est-ce qui se passe dans votre corps ? »
« Quand quelqu'un ne répond pas à votre message, qu'est-ce qui se déclenche en vous ? »
L'objectif est de remettre du contexte et du sens là où il n'y avait auparavant qu'une réaction émotionnelle automatique.
Puis seulement : revisiter progressivement les violences. Elle parle de « déminer » la mémoire traumatique : revenir progressivement sur les événements, les émotions, les sensations, les réactions et le contexte, afin que ce qui était vécu comme présent et incontrôlable puisse devenir un souvenir autobiographique contextualisé. Son objectif est donc ce qu'elle appelle l'intégration de la mémoire traumatique dans la mémoire autobiographique consciente et contrôlable.
5. Elle ne défend pas une seule technique thérapeutique
C'est intéressant : contrairement à ce qu'on pourrait croire, Salmona ne dit pas simplement « il faut faire telle méthode ». Sur les ressources professionnelles de son association, elle mentionne plusieurs approches possibles : TCC, EMDR, hypnose, thérapies systémiques, thérapies émotionnelles (EFT), thérapies corporelles, psychothérapie dynamique, etc. Mais elle insiste sur quelque chose qu'elle considère plus important que le nom de la technique : le thérapeute doit être formé au psychotraumatisme et la thérapie doit être réellement centrée sur les violences et leurs conséquences. Elle distingue notamment les violences ponctuelles des violences répétées et prolongées, particulièrement celles de l'enfance : pour ces dernières, elle considère que le travail doit être beaucoup plus long et approfondi.